Histoire du Monde (en cours d'édition)

La grande épopée de Vae Soli diffère parfois de celle de Lineage 2, ces textes doivent être connus de tous.

Malheur à l'Homme seul

Apparté

Le BG Serveur est rédigé en prenant appui sur une directive simple: Etude du BG Officiel + Spécificités de Vae Soli = BG Serveur Vae Soli. Ainsi, avant d'entamer le processus de rédaction, nous nous concertons avec le Staff afin de mettre en valeur un élément spécifique au Serveur; par exemple, les Vampires, les Démons, les Kamaels. Une fois entendus sur le sujet à traiter, des recherches à partir du BG Officiel de Linéage II sont effectuées.

Le BG de l'Officiel nous sert effectivement de base de rédaction, et constitue la principale source de références, et de ligne directrice à la rédaction. En se servant de cette base stable, nous essayons ensuite d'y introduire les éléments plus spécifiques à notre Serveur, afin de les insérer dans un cadre officiel. Par exemple, l'histoire des Vampires de Vae Soli contient nombre d'éléments en rapport avec le BG officiel, des lieux du jeu etc., le BG des Démons tient compte de l'histoire de Shilen, de la Guerre des Dieux etc., le BG Kamael est synthétisé à partir des informations distillées au travers de nombreuses quêtes IG etc.

La raison pour laquelle le BG officiel tient une telle place dans la rédaction plus spécifique du BG Serveur est que dès les premiers instants du serveur, nous avons tenu avec le staff à ce que les joueurs, même si ils ignorent au départ totalement le BG Serveur, puissent tout de même retrouver des éléments familiers qu'ils auraient connu d'autres serveurs ou en venant depuis l'officiel et ainsi commencer directement leurs RP.

Le BG Officiel sert donc de base commune, afin de faciliter l'intégration des nouveaux joueurs à l'histoire de Vae Soli, en leur fournissant les prémisses d'éléments familiers; ceci afin de ne pas les dépayser complètement: tout le panthéon des Dieux a été conservé, les relations inter-raciales de l'officiel restent de mise; tout en les guidant vers les points qui font la particularité du serveur: les Vampires s'intègrent dans le paysage en laissant planer une ombre de danger et de mystère sur les autres races, les Démons portent les germes du chaos, les Kamaels constituent une singularité nouvelle etc.

Ainsi, sur la base des spécificités Serveur et en gardant le BG Officiel comme référent et ligne directrice pour la cohérence, nous ajoutons encore les multiples interactions réalisées par les joueurs IG ou sur le Forum pour achever de donner une touche couleur locale à la rédaction des différents éléments du BG Serveur.

Voici donc en résumé (car sinon il faudrait aussi parler des nombreuses heures de discussions internes mises en œuvre avec le staff pour arriver à un consensus globalement satisfaisant pour tous avant publication) les différentes étapes successives et le travail en amont réalisés avant la rédaction de la grande majorité des textes.

Ex Nihilo

Rune, 23ème de l’Augure de la Terre.

La silhouette noire se faufila entre les meubles anciens, les accessoires fragiles, draperies précieuses et les joailleries d’époques révolues avec l’aisance du vent du sud soufflant l’air du soir. Le vieux manoir ne payait pas de mine vu de l’extérieur, tout au plus ne semblait il pas laissé au complet abandon ; mais l’étalage de richesse ornant les murs des pièces de la froide demeure étaient une ode vibrante à l’adage « Il ne faut pas juger d’un livre à sa seule couverture ».

Encore avait-il fallu franchir -sans donner l’alerte aux patrouilles de nuit de la ville, les hauts remparts du manoir, ses pics acérés, les loups noirs et les mandragores du « jardin », le lierre étrangleur disposé traîtreusement parmi la végétation mondaine et les imposantes gargouilles de marbre veillant depuis les toits d’ardoise recouverts d’un manteau blanc par la dernière tempête de neige en date.

Mais l’intrus était bel et bien là, paisible, dans le Grand Hall silencieux, et sa silhouette noire était à présent penchée sur la lourde porte donnant sur la salle de lecture et la bibliothèque. Nul bruit ne vint troubler la quiétude environnante quand ses outils imposèrent finalement leur loi à la vénérable serrure qui céda le passage comme à regret au visiteur nocturne.

La bibliothèque était grande, sûrement la plus grande pièce de la demeure, et les hautes meurtrières qui laissaient entrer la lumière nacrée de la lune laissaient également danser les ombres inquiétantes des arbres voisins, dont les branches privées de leur parure par le rude hiver oscillaient lentement, et venaient parfois griffer les vitres dans un crissement étouffé.

L’intrus se baladait entre les rayonnages à l’odeur de vieux papier des étagères, il avait ignoré toutes les richesses des salles précédentes pour venir précisément ici. Ses pas de loup l’amenèrent finalement jusqu’à un imposant bureau ciselé dans la plus pure tradition des royaumes du sud-est, sur lequel tout un bric-à-brac de lettres et de parchemins était disposé.

Les lettres plus particulièrement, attirèrent son attention.

Celles frappées du sceau du Prince de Schuttgart disparurent même dans sa petite sacoche de cuir sombre. A quoi bon l’or et les bijoux, si l’on pouvait avoir le Pouvoir ? Le voleur se détourna du bureau, l’objet de sa présence en ces lieux en sa possession. Il allait repartir comme il était venu quand il se figea, sur le qui-vive : deux yeux brillants l’observaient depuis un coin nimbé de ténèbres, et leur propriétaire n’avait nulle présence qu’il aurait pu déceler.

Muscles tendus et réflexes aux aguets.

Les secondes défilèrent une à une, en silence, et rien ne se passait. Le voleur finit par s’avancer prudemment, la dague dissimulée mais prête à remplir son office. Il y avait quelque chose d’anormal. La pénombre à cet endroit précis était trop dense. Mais les yeux luisaient et l’appelaient à eux. Il fit encore quelques pas.

Un livre.

Les yeux appartenaient à un épais volume trônant sur un piédestal dissimulé dans un coin de ténèbre pulsatile. Deux joyaux rouges dont la forme d’amande rappelait le regard elfique étaient incrustés dans sa couverture épaisse. Il y avait aussi un étrange symbole ornant les lettres qui devaient composer le titre de l’ouvrage : « Ex Nihilo ».

En dehors de son apparence vétuste, le bouquin ne présentait aucun des aspects du bibelot magique. Et pourtant...

Le voleur se rappela où il se trouvait. Mieux valait ne pas traîner ici. Il se retourna donc vers la sortie, qu’il considéra un instant sans bouger. Ce fut plus fort que lui. Il y avait là quelque mystère et les mystères l’attiraient. Faisant à nouveau volte-face, il avança une main gantée vers le cuir sombre de l’ouvrage qui le regardait dans les yeux, dans l’âme...

Mon Nom est Ashutar et je marche Souveraine sur les Terres de ce Monde baigné de Lumière et de Splendeur et de Gloire à la grâce des Dieux Einhasad et Gran Kain, par les bienfaits Desquels mes frères et sœurs et moi, avons pris Forme et Vie.

Car au Début il n’y avait Rien.

Et le Rien était Tout.

Dans cet Absolu Relatif, il y avait des Forces. Celle de la Lumière et celle de l’Ombre étaient très grandes et s’animèrent. Par leur action concertée, ils brisèrent en un maelstrom d’Energies pures les lois anarchiques du Chaos Ordonné et de l’Inexistence. Le Rien ne formait plus un Tout et tout ce qui Vit fut appelé à l’Existence.

Ex Nihilo.

Cette Lumière est Einhasad et l’Ombre est Gran Kain.

Pour leurs Bienfaits, nous les Révérons. Et parmi les êtres qui naquirent des énergies primordiales du Monde, Nous Sommes Leurs Elus. Tout comme mes Frères et Sœurs, ma Sagesse est Grande. Mon Esprit est animé de l’Essence Primordiale. Mon Corps est fait de la Matière la plus Pure. Ma Puissance ne connaît pas son Pareil. Ma Magie est Sans Limites. Mes Jours et Ma Cité sont Eternels.

Ma Race parcoure ce Monde sur lequel nous Régnons à pas de Géants...

Danger.

L’instinct lui avait commandé de s’esquiver et cela lui sauva la vie. Déboussolé, le voleur réalisa qu’il était toujours dans le manoir de Rune et que ce moment d’égarement avait failli lui coûter une lame à travers le cœur. Un coup d’œil de biais : l’Ex Nihilo n’y était plus, son piédestal disparu.

Que s’était-il passé ? Il faudrait chercher la réponse plus tard.

Pour l’instant, l’humain à la rapière d’argent qui lui faisait face semblait bien décidé à avoir sa tête en trophée. Les deux adversaires commencèrent à se tourner autour, l’intrus les muscles tendus, l’homme à la rapière, avec une désinvolture frisant l’insulte. Ce dernier était assez grand, il arborait une chevelure blanche courte et soignée et une petite barbiche de la même couleur ornait son menton, rendant son visage aux traits réguliers et froids un peu moins symétrique. L’élégante sobriété avec laquelle il était vêtu contrastait avec la complexe sophistication avec laquelle l’arme qu’il faisait jouer de manière nonchalante avait été forgée et ornementée.

Sa voix raisonna, et elle était grave au-delà de tout aspect. « Curieux vraiment, qu’avec toutes les rumeurs que je fais courir sur mon Antre, il y en aie encore d’assez stupides ou désespérés pour venir s’y faire déposséder de leur pauvre vie. »

Eclair d’argent et d’acier. Les lames sifflent dans l’air et se mordent dans un ballet meurtrier à une allure démente. Salto arrière pour rebondir sur une étagère et jaillir sur son adversaire dague en avant. L’homme à la rapière s’esquive avec grâce, comme si le coup pourtant déstabilisant lui avait été connu à l’avance.

« Technique téméraire mais sans saveur, reprit l’escrimeur, de sa voix incroyablement profonde, et votre « arme » ne sert guère plus qu’à menacer. Dommage qu’il n’y ait pas de prochaine fois. Vous auriez pu tirer profit des enseignements de cette rencontre. Car voilà comment il faut faire... »

Joignant le geste à la parole, une, deux, trois, le voleur fut désarmé en trois tours de main, et la dague alla voler dans un coin hors d’atteinte. Mais le voleur n’en avait cure. Le combat les avait presque amenés à l’endroit de la pièce qu’il désirait atteindre. Il se précipita donc.

Une douleur de feu dans l’épaule. Un choc.

Avec une vitesse fulgurante, son adversaire l’avait rattrapé et cloué de sa rapière contre une bibliothèque. Il senti son haleine glacée dans sa nuque alors que l’homme lui murmurait à l’oreille : « Si votre objectif était de passer par la fenêtre alors que votre âme sache que c’était peine perdue. Votre position n’est guère enviable, si proche et pourtant si loin... Voyons à présent de quoi aura l’air mon prochain hôte à dîner... »

Le seigneur des lieux tira alors sur le capuchon du voleur, découvrant sa longue chevelure noire, ses oreilles pointues et son visage féminin à la peau marquée par la malédiction de son peuple.

« Toi... »

Il n’eut pas le temps d’ajouter grand-chose, il fut projeté dans un déluge de pages brûlés jusqu’au fond de la pièce par l’explosion d’une boule de feu qui anéantit la fenêtre près de laquelle il se tenait un instant plus tôt.

La jeune Sombre en profita pour retirer l’arme de son épaule en serrant les dents, salua avec cette dernière dans la direction où l’homme avait atterri, puis commença à se diriger en petite foulée vers la fenêtre en éclats. Elle eut juste le temps d’entendre siffler la dague -qui plus est la sienne- et de la voir se planter dans sa cuisse avant d’être projetée au sol, déséquilibrée dans sa course.

La Sombre tira la dague de sa jambe de sa main libre puis la jeta sur le côté, et se redressa sur le coude du bras qui tenait la rapière.

L’homme reparut devant elle à pas mesurés, une expression curieuse sur le visage, mais ne semblant nullement blessé. Il eut la prudence de se tenir à l’abri d’éventuelles nouvelles attaques depuis l’extérieur.

« Cyrille... souffla t’il dans un murmure, comment...

- Je t’arrête tout de suite, il y a erreur sur la personne mon beau, coupa la jeune femme dans un sourire grimaçant tout en sortant un cristal torsadé pulsant d’énergie bleutée de son dos, mais pour faire bonne figure je te laisse ma dague, cadeau. En échange je te prends ta belle épée. Et au plaisir de ne plus jamais se revoir... »

L’humain souleva un sourcil, il allait sans doute lui donner sa meilleure réplique, mais à ce moment là, les contours de l’image de la Sombre assise à terre semblèrent devenir flous, puis elle disparut tout bonnement sans laisser de traces et il se retrouva seul.

Oren, 23ème de l’Augure de la Terre – au même moment.

Deux yeux rouges.

Ces deux yeux rouges la fixaient et elle ne pouvait en détacher son regard. Ils n’avaient pas l’air maléfique malgré leur couleur sang, et ils semblaient l’avoir observée pendant des heures, ou des années ou des siècles.

Elle n’avait pas peur. Et pourtant elle craignait. Quelque chose. Il y avait quelque chose à craindre mais elle ignorait quoi. Rassemblant sa Foi, elle se décida. Après tout elle était Forte. Après tout la Déesse était avec elle. Elle leva la main et la tendit en direction de ces yeux qui la regardaient sans jamais ciller. Elle devait comprendre.

Mon Nom est Ashutar et je marche Souveraine sur les Terres de ce Monde.

Chacun de mes pas fait trembler la Terre tandis que je marche par delà Monts et Rivières. Je suis née du Choc des Etoiles et du Monde et moi et les miens sommes appelés Géants par les créatures sur lesquels nous Régnons.

Les Dieux sont Souverains des Cieux et des Eléments et ils nous ont faits Souverains de la Terre et des Créatures qui la peuplent.

Einhasad de la Lumière et Grande Créatrice est l’égale de Gran Kain des Ténèbres Le Destructeur, ils Règnent tout deux dans les Cieux et nous les Révérons.

De Leur Union sacrée naquit Cinq Dieux qui reçurent en héritage divin le Règne sur les Eléments du Monde.

Shilen Régente de l’Eau, est la Fille Aînée des Dieux que nous Adorons.

Pa’Agrio Seigneur du Feu, est le Fils Aîné des Dieux que nous Adorons.

Maphr Mère de la Terre, est la Seconde Fille des Dieux que nous Adorons.

Sayha Empereur du Vent, est le Second Fils des Dieux que nous Adorons.

Eva la dernière Fille des Dieux se retrouva sans Elément sur lequel Régner, aussi Chanta-t-elle et Offrit-elle au Monde la Poésie pour Louer la Création et les Etres qui l’habiteraient.

Ainsi naquirent les Dieux de ce Monde et ma parole est Vérité car ainsi l’ai-je vécu et je suis Ashutar, et je marche Souveraine sur les Terres de ce Monde...

Elle se réveilla en sursaut.

Un rêve. Tout ceci n’était qu’un rêve. Vraiment ? Alors pourquoi tremblait-elle ainsi ?

D’une main fébrile elle alluma une bougie et scruta les alentours en passant la main sur son visage pour chasser ses boucles dorées. Elle était bien dans sa cellule, au sein du Chapitre de la Lumière d’Einhasad. Son heaume de combat trônait sur son armure aux couleurs de l’Ordre des Paladins et sa Hache de Justice était à portée de main. Tout était calme et à sa place, mais cette vision familière ne parvenait pas à la rassurer.

Quel était ce songe ? Quelle effroyable vérité lui avait-on murmuré ? La Déesse, s’allier d’une quelconque façon au Démon ? Quel blasphème ! Et tout le monde savait que Shilen était la Déesse de la Mort et de l’Outre-Monde et qu’Eva était celle de l’Eau !

Sottise, tout ce rêve n’était que sottise. Alors pourquoi tremblait-elle ainsi ?

Le Marais des Hurlements, 28ème de l’Augure de la Terre.

Le jour se levait sur la petite troupe, et la neige commençait enfin à se faire plus clémente. Ce qu’ils avaient d’abord accueilli comme une bénédiction face à leurs poursuivants se transforma vite en cauchemar. La neige qui couvrait leurs traces s’était transformée en tempête et avait rendu leur progression difficile au point de les perdre. Une de leurs montures draconiques, blessée dans la fuite, avait trépassé la veille au summum du déchaînement des vents glacials et il avait fallu continuer à pied.

« Nous voilà bel et bien paumés, fit le Sombre, après avoir intimé d’un signe de la main à ses deux compagnons de faire halte.

- Avec un peu de chance, la Garde de Rune le sera aussi, ajouta l’Humain, en se frottant les mains pour les réchauffer.

- Reste plus qu’à espérer que les loups les trouveront avant nous... reprit le premier, avant de revenir vers la monture qui portait la jeune Sombre affaissée qu’il s’empressa d’examiner.

- Comment vont tes blessures petite sœur ?

- [Sombre] Elles vont du feu des Dieux, répondit-elle dans un souffle en sa langue natale, celle à l’épaule me brûle comme les flammes des forges de Pa’Agrio, et celle à la cuisse me jure chaque nuit que je ne pourrai plus jamais remarcher sans ces maudites béquilles...

- Que dit-elle ? fit l’humain

- Elle dit qu’elle va bien.

- Ah. Bien.

- Nous allons camper dans le coin. Après avoir chevauché toute la nuit, Yelmina a besoin de descendre un peu et prendre du repos.

- Hmm. Ca me va, je m’occupe de trouver ce qu’il faut pour le feu.

- Merci Vahn’. »

Quelques instants plus tard, le campement était posé, et un feu crépitait en son centre, léchant le bois de ses flammes magiquement entretenues par le jeune mage humain. Yelmina la jeune voleuse était assise tout près et contemplait les flammes d’un air absent tandis que son frère cherchait des provisions sur le dos de l’autre monture draconique encore valide. La Sombre ne pouvait s’empêcher de repenser au Livre mystérieux. Aux rubis qui l’ornaient et à ce qu’il s’était passé quand elle en avait effleuré la couverture.

« ...m’écoute ou bien ?

- Hm ? Pardon tu disais Vahn’ ?

- Je te demandais de nous décrire à nouveau le type du manoir, comme personne ne l’a jamais vu à part toi ‘Mina... et vu que j’étais trop loin quand j’ai lancé mon sort pour pouvoir le distinguer vraiment...

- Hm... Je ne me souviens plus trop... un Humain, la peau très blême... des cheveux blancs mais dans la force de l’âge... une voix caverneuse... tout s’est passé très vite...

- C’est vrai. Enfin c’était un manque de bol qu’il se soit trouvé là ce soir là. Mais au moins on a les lettres du Prince.

- Hm Hm...

- Ashutar...

- Oui ? Qui a t il ? fit la Sombre en se retournant.

Je me retournais pour contempler les Avenues et les Allées en fleurs de ma Cité Millénaire qui s’étendaient à perte de vue à mes pieds. Les couleurs chatoyantes de la flore étaient un régal à la vue et les colonnades de pierres irisées faisaient rejaillir la lumière sous forme d’arcs-en-ciel.

Le Peuple Nain était habile et ses constructions étaient grandioses sous Mon Commandement. Les Créatures de Maphr faisaient aussi d’excellents artisans car ils étaient doués de leurs mains, mais ils ne pouvaient cependant égaler l’Art de ma Race. Il fallait les guider pour qu’ils puissent tirer le meilleur d’eux-mêmes.

« ... Ashutar.

Je me retournais enfin vers celui qui avait humblement prononcé mon Nom. Quand je lui fis face, le représentant des Enfants de Shilen baissa les yeux avec respect. Je lui adressais alors la parole.

- Parles Sage Elfe, que désires-tu de moi.

- Nous sommes respectueusement venus quérir auprès de toi le savoir nécessaire à l’administration de la contrée Est, soumise aux vortex et aux courants capricieux du Mana, Ashutar.

- Nous verrons cela en son temps, pour l’instant il me plairait de passer en revue Mes troupes.

- Qu’il en soit ainsi, Ashutar. »

Les Elfes, peuple gracile et délicat, étaient doués pour la magie, mais ils ne pouvaient percer les subtilités du Mana aussi bien que nous autres Géants. Aussi les avons-nous laissés nous servir, à l’instar des nains, car cela était naturel et bon. L’Elfe fit usage de sa magie et le char dans lequel nous survolions ma Cité amorça une descente en planant avec majesté entre les immenses tours et pyramides flottantes.

Un groupe d’Artéias, le peuple ailé de Sayha passa près de nous en volant à tire-d’aile. Ils me contèrent les nouvelles du monde par delà les océans pendant quelques temps avant de s’en aller à nouveau vagabonder dans le ciel. De tous les peuples, celui des Ailés était le seul que nous n’avions pu subjugués car la captivité les faisait dépérir rapidement. Ils nous servaient donc de messagers et de porteurs des nouvelles du vaste monde, leur curiosité toujours à l’affût de la moindre nouveauté, et cela était naturel et bon.

Enfin le char volant plana en un glissement fluide au-dessus de l’Artère Principale de la Cité, et nous passions sous les Arches Triomphantes successives à une allure plus modérée. Mon arrivée fut accueillie par le cri unique et tonitruant de plusieurs dizaines de millions de voix dignes du fracas du tonnerre :

Les Orcs, dont une infime parcelle de mon armée était réunie ici-bas, scandaient les chants de guerre qu’ils avaient dédié à mon Etre.

Le Fier Peuple créé par Pa’Agrio vibrait de la fibre du combat et des batailles, mais leurs corps n’étaient pas aussi endurants et solides que la Matière dans laquelle était faite ma Race, aussi les laissions nous nous servir dans nos guerres et cela était juste et bon.

Plus que toutes les autres Créatures dont la Vie fut insufflée par Einhasad Elle-même, celle de Pa’Agrio résonnait de l’Esprit Elémental qu’avait utilisé leur Fondateur pour leur donner forme: le Feu était l’Essence des Orcs ; tout comme l’Eau était l’Essence des Elfes, peuple de Shilen, et leur esprit en avait la même souplesse et la même agilité. La Logique et Le Pragmatisme des Nains reposaient sur des bases aussi solides que l’Esprit de la Terre donné par Maphr. Les Arteias de Sayha avaient les mêmes propriétés de Liberté fougueuse que l’Esprit qui leur avait donné forme : Le Vent.

Si tout ces Peuples étaient Nobles de par leurs origines, que dire alors de l’Humain, la dernière race à avoir vu le jour ?

Mes pensées se portèrent alors vers la masse grouillante et invisible de ces êtres misérables qui besognaient sans relâche hors de Notre vue, dans les Entrailles des Cités, loin de la Beauté et de l’Air Libre.

La Créature du Dieu de la Destruction Lui-même avait été conçue par ruse et stratagème, par sa conception même, elle ne pouvait prétendre à la même Noblesse que les quatre autres Peuples. En cajolant chacun à leur tour ses Quatre premiers Enfants, Gran Kain avait obtenu d’eux Quatre Eléments pour donner forme à sa Créature. Mais il se contenta des Restes : Il ne restait à Shilen que l’Esprit de l’Eau Stagnante, Pa’Agrio ne put offrir que l'Esprit du Feu Mourrant, Maphr pleura en vain pour que son Père ne lui prit pas l’Esprit des Terres Arides, et Sayha ne put refuser à son Géniteur l'Esprit du Vent Sauvage et Déchaîné.

Lorsque Gran Kain Dieu de la Destruction annonça avec force Vanité qu’il allait insuffler la Vie à une Créature faite de non pas un mais Quatre Esprits Elémentaux et que cette Créature qui serait sienne serait l’Egal de notre Glorieuse Race Primordiale, quel ne fut grand son désarroi devant l’Etre misérable qui prit forme sous son impulsion :

L’Humain était Faible, son corps était fragile, son esprit veule et perfide, son âme couarde et paresseuse ; de par sa nature même, cette Créature ne pouvait prétendre à la même Noblesse que les quatre autres Peuples.

Gran Kain, devant son échec, alla cacher sa honte et abandonna l’Humain, qui fut livré à lui-même.

Afin de lui trouver une place dans l’Ordre des Choses, Nous avons mis l’Humain, qui ne sait rien faire correctement, en dessous des autres Races. Tout comme ses Quatre Races aînées sont au service de nous autres Géants, l’Humain devra servir les Elfes, les Orcs, les Nains et les Arteias en toute tâche, en toute œuvre et en toutes circonstances.

Et cela est juste et bon.

Je fus soudain tirée de mes pensées par une vision insolite. Une Humaine se tenait debout au grand jour au sommet de l’une de mes Arches Triomphantes. Elle n’était pas nue et sale, un casque couvrait sa crinière de boucles couleur des blés, et une hache flamboyante brillait dans sa main.

La Créature osait soutenir Mon regard, moi, Ashutar.

Je m’apprêtais à pulvériser l’insolente d’une brève émanation de mon Courroux lorsqu’une faible voix déformée raisonna depuis les cieux, comme un appel :

« ...‘Mina... »

Je levais une main pour intimer le Silence à mon armée d’Orcs en contrebas, et alors que le silence se fit au seul mouvement de ma main, la voix retentit à nouveau, plus forte et plus précise:

« Yelmina !! »

La jeune Sombre écarquilla les yeux, son bras partit dans un élancement de douleur irisant depuis son épaule blessée et un râle lui échappa alors qu’elle ramenait son autre bras à sa poitrine brûlante.

« Yelmina ! reprit son frère, essaies de grimper, par Shilen ! »

La jeune Sombre jeta un bref regard vers le visage congestionné de son frère, puis alentour, et réalisa enfin dans quelle situation elle se trouvait :

Suspendue au-dessus d’un gouffre, son frère était la seule chose qui la retenait tant bien que mal, par l’agrippe de son protège avant-bras, face à une chute mortelle. Elle battit des jambes dans le vide avant de trouver une prise pour ses pieds contre la paroi de glace et de roc, et comme son frère lui en avait intimé l’ordre, elle commença à remonter vers le bord de la crevasse.

Au bout de quelques secondes de lutte qui leur parurent à tout deux des minutes entières, Yelmina fut ramenée hors de la gueule béante de la crevasse sans fond, dans une gerbe de neige. Les poumons en feu, ils durent prendre le temps de se reposer, allongés dans la neige, les yeux vers les cieux gris, avant de pouvoir échanger quelque mot.

« [Sombre] Que s’est-il passé ?

- [Sombre] J’aimerais bien le savoir moi-même ! Tu t’es levée d’un coup d’un seul sans mot dire et tu as commencé à divaguer dans une langue bizarre avant de t’enfuir à toutes jambes à travers les marais. Puis tu as... glissé dans le vide. Une chance que j’aie réussi à te rattraper à ce moment-là. Ca va ton épaule ?

- [Sombre] Mieux vaut une épaule démise qu’une chute sans fin dans les profondeurs du royaume des Nains...

- [Sombre] C’est sûr. En tout cas pour quelqu’un de blessé à la jambe tu cavales mieux qu’un elpy effarouché. Si t’avais pu faire pareil à Rune nous serions déjà arrivés à Goddard à l’heure qu’il est...

- [Sombre] Ne me fais pas rire veux-tu... ce n’est pas drôle... où est Vahneryon ?

- [Sombre] Le voilà justement, je l’entends arriver avec les stryders.

- Hé ! ‘Mina ! Nao’ ! Vous allez bien ! cria le mage Humain en traînant derrière lui les montures draconiques qui soulevaient des masses de neige sur leur passage.

- On est entiers Vahn’ ! répondit le Sombre sans regarder dans sa direction, en agitant simplement le bras au-dessus de sa tête, puis une fois leur compagnon arrivé auprès d’eux il ajouta en désignant du pouce le gouffre proche : ‘Mina doit avoir l’épaule en piteux état, j’ai du la tirer par le bras pour empêcher qu’elle nous fasse le coup du grand plongeon là derrière.

- Ah ouais, je vois, la Reine de la Voltige hein ? fit le mage en jetant un œil à la profondeur du précipice.

- Ce n’est pas drôle Vahn’, lui rétorqua la Sombre, penaude.

- J’ai jamais prétendu le contraire, mais faire tout ça pour un vulgaire bouquin, tu m’excuseras...

- De quoi parles-tu ?

- Bah, de ça. C’est pas pour les deux cailloux incrustés dans ton grimoire que tu as risqué de nous faire la Grande Cabriole ? » fit l’Humain en désignant Yelmina du menton.

Tous les regards se portèrent sur elle.

Et la jeune voleuse fut sûrement la plus étonnée de découvrir, serré contre sa poitrine par son bras encore valide, le Livre aux yeux couleur écarlate.

Fata Morgana

La Tour d’Ivoire, 3ème de l’Augure de l’Eau.

Il ne faut pas se fier aux apparences.

Ces mots, on lui avait maintes fois répétés au cours de sa formation au sein des Paladins mais lorsque la Foi est ébranlée, tout ne semble plus être que mirages. Alcance de Sommerlund attendait depuis maintenant deux bonnes heures que l’on daigne bien lui faire signe, mais pas un muscle, pas une seule de ses mèches bouclées couleur soleil n’avaient bougé depuis qu’elle avait pris place sur cette banquette dans l’Etage souterrain des Archives de la magnifique Tour Blanche ; et que l’un des Intendants lui avait demandé de patienter, le temps que le Conseil examine la requête dont elle avait été désignée la Porteuse par son Ordre.

Un exercice basique des plus « facile » pour ceux habitués à la discipline des Porteurs de la Parole Divine d’Einhasad, mais qui ne manquait jamais de provoquer au moins l’étonnant, voir même l’admiration des observateurs. Le dos droit, le menton haut, les mains reposant sur le pommeau de sa Hache de Justice, le regard azur d’Alcance portait loin devant elle et ne clignait presque jamais. Cet exercice de tension méditatif aurait du lui permettre de faire le vide pour ne se concentrer que sur les stimuli extérieurs mais ses pensées revenaient sans cesse sur sa Vision et ses conséquences directes: l’exposé qu’elle en avait fait à son Eminence.

Elle s’était attendue à tout, du retour vers une des Maison du Chapitre pour subir à nouveau un Entraînement Intensif afin de renouveler sa Foi, le renvoi pur et simple de l’Ordre pour avoir failli dans ses pensées, jusqu’à la Condamnation pour Hérésie. Mais certainement pas à ce qu’elle soit désignée à la tête de huit Lames Ecarlates et envoyée à la Tour de la Sagesse avec le Titre de Coordinatrice afin de bénéficier des passe-droits allant de paire avec cette fonction.

« Il ne faut pas se fier aux apparences, Paladin de Sommerlund, ce que vous avez vu n’était peut être qu’une Vision, mais certaines visions sont porteuses de sens n’est-ce pas.

- Je ne suis pas sûre de bien vous comprendre Monseigneur. Vous ne voulez pas dire que...

- Non évidemment. Ce que vous avez vu n’était que pure affabulation. Le récit que vous nous avez fait de cette antique cité des Temps Perdus hypothétique ne correspond en aucun cas aux traces révélées par nos chercheurs. Toute votre description est émaillée d’incohérences, comme par exemple, d’un point de vue démographique, même en ces temps reculés, la concentration d’Orcs que vous nous avez décrite n’aurait pu exister, à moins que tout les Orcs du continent se soient donné rendez-vous à ce même endroit à cette même heure, sans penser à des détails tels que le ravitaillement d’une telle armée.

Même l’être aux yeux étincelants d’écarlate que vous avez aperçu volant dans son char ne pouvait en aucun cas être un Géant pour la simple et bonne raison que les Géants, comme leur nom l’indique, n’avaient pas taille humaine... je ne vais pas continuer l’énumération n’est-ce pas.

- ...je suis désolée Monseigneur... cela semblait si réel, je n’aurais pas du...

- Au contraire, vous avez très bien fait de venir m’en parler. Cette affaire relève de la propagande à l’encontre de ce qu’enseigne notre Sainte Eglise et doit donc être prise avec sérieux. Il est peu probable que vous ayez rêvé deux fois de la même créature et que cela soit pure coïncidence.

Quelqu’un cherche à faire passer un message d’Hérésie et cette personne doit être combattue. Peut être que d’autres gens ont subi ce que vous nous avez rapporté et leur Esprit n’était pas forcément aussi fort que le vôtre. Il faut que cela cesse, et cela doit cesser au plus tôt. Une expédition va être formée et une enquête menée afin de faire la Lumière sur cette histoire. Vous n’avez rien de prévu ces prochains jours n’est-ce pas. »

Toute modestie mise à part, elle se savait l’un des éléments les plus prometteurs de son Chapitre. Mais obtenir une telle promotion de manière aussi soudaine et dans de telles circonstances... Elle sentit l’Intendant arriver bien avant qu’il ne soit à la lisière de son champs de vision, malgré les pas étouffés par ses chausses confortables. Elle se leva à son approche dans un mouvement majestueux et vif qui ne manqua pas de faire sursauter certains, qui avaient fini par la considérer plus comme une statue grandeur nature que comme un visiteur de chair et de sang.

L’Intendant, un Elfe de haute taille aux longs cheveux blonds cendrés réunis par un Anneau de Puissance et aux minces yeux verts sans âge l’invita à le suivre jusqu’à un Isoloir. Une fois arrivés devant la minuscule pièce aux murs de pierre sombre ornés de symboles élégants, il tira hors de sa manche un long cristal émeraude de forme pyramidale délicatement ciselé et engravé des mêmes symboles que ceux présents sur les murs. Il le tendit à la jeune femme, la salua sans un mot, et pris congé.

Alcance s’insinua dans l’étroit Isoloir après avoir fixé à sa taille son imposante Hache, et dès qu’elle inséra le cristal dans la partie prévue à cet effet, elle fut coupée des sons de l’extérieur et plongée dans une cascade de lumière verte aveuglante...

« Archive numéro 15 78 - Rapport Confidentiel de Lysariel Elvessia d’Oren, Maîtresse Elementale, Seigneur des Arcanes et Archimage pour le Haut Conseil de la Tour d’Ivoire.

A la demande du Haut Conseil, mes recherches sur les Arcanes Magiques Perdues des Géants ont été affinées à l’étude des reliques concernant les mémoires et archives et le déchiffrage complet ou partiel des messages retrouvés dans les Ruines et Reliques de l’Ancien Monde.

L’un des Evènements Majeurs qui nous est rapporté à travers cette étude et qui nous revient assez souvent concerne une éventuelle Guerre Divine à laquelle aurait participé la Déesse de la Mort et de l’Outre-Monde Shilen, et qui l’aurait opposée aux autres Divinités connues ; comme dépeint sur les diverses fresques murales et les images-relief présentés dans les pièces archivées numéros AG12-001 à AG12-123 par mon équipe de recherche.

Bien que les raisons exactes de cette Guerre mystique demeurent à ce jour obscures, les indices tendent à démontrer que Gran Kain, Seigneur de la Destruction a joué un rôle prépondérant dans son déclenchement.

Les archives rejoignent l’idée populaire qui veut que Shilen enfantât d’une armée de démons pour envahir les Cieux Divins et que la bataille qui s’ensuivit durât suffisamment longtemps pour faire de lourdes pertes de part et d’autre des deux camps.

[La paternité serait prêtée à Gran Kain lui-même, qui aurait abandonné sa fille une fois son forfait commis.]

L’issue de cette Guerre reste incertaine, aucun des deux parties ne semblant avoir remporté de victoire définitive.

[Une équipe de recherche parallèle a suggéré dans une étude annexe que ce conflit continue d’être mené de manière plus subtile jusqu’à nos jours, tout comme le suggèrent certains faits historiques rapportés dans l’Archive du Rapport Confidentiel numéro 17 21.]

La fin de cette Guerre semble avoir été le point de départ de nombreux autres évènements historiques ou mythiques.

Par exemple, il n’est jamais fait mention dans aucune archive avant cet évènement de l’Outre-Monde, ce qui impliquerait que sa création par Shilen soit postérieur, ou intimement liée à cet évènement.

Certaines créatures mystiques, aujourd’hui labellisées divinités par certains groupes religieux, semblent également avoir fait parler d’elles pour la première fois peu de temps après cet évènement comme stipulé dans les Archives figurant à la fin de cet ouvrage.

[Une étude précédente a démontré que les Déesses Illu Bêrês, Liûh Peêra et Luperca seraient en fait des appellations différentes de la même entité, à travers les âges, mais que la mention la plus lointaine qui en est faite reste postérieure à cet Evènement]

Notons ici également que, bien que les circonstances exactes de l’extinction de la Race des Géants demeure encore aujourd’hui un mystère sur lesquels nos plus grands savants restent sans réponse, des Oracles du peuple disparu semblent avoir prédit la fin (imminente ?) de leur espèce, sans toutefois avoir précisé la nature du péril qu’ils encouraient.

De tels avertissements n’ont pu être trouvés que dans des documents postérieurs à cette fameuse Guerre des Dieux dans les rares archives déchiffrées du Géant Ashutar et celles de...

Alcance retira le cristal pyramidal et la voix ainsi que les images-reliefs moururent aussitôt. Elle avait fini par entendre ce qu’elle était venue chercher. De nouveau, les sons de l’extérieur se firent entendre dans l’Isoloir, mais la jeune femme n’y prêta nulle attention.

Elle prit quelques secondes pour ordonner ses esprits et décider de la marche à suivre à partir de là. Une fois prête, elle quitta l’Isoloir d’un pas décidé et alla rendre le cristal à l’Intendant qui l’attendait non loin. Elle prétexta la nécessité de recueillir des informations de première main pour obtenir l’adresse personnelle de sa prochaine cible. Par force persuasion, une fois l’information obtenue, elle salua poliment et alla voir la Passeuse de la Tour, qui la ramena au niveau du Grand Hall.

Là, ses huit compagnons d’arme, arborant la Croix rouge sang sur leur bouclier, symbole de l’unité de combat à laquelle ils appartenaient attendaient immobiles qu’elle leur donna ses prochains ordres.

« Il semble que l’Imposteur ou son complice aient cru bon de quitter les lieux pour se réfugier à la cité de Goddard. Il serait juste de démontrer que les Serviteurs de la Déesse ne se font pas leurrer si aisément en allant leur rendre une petite visite qui n’aura rien à voir avec la courtoisie. »

Goddard, les bas quartiers, 18ème de l’Augure de l’Eau.

Naokin marchait d’un pas vif dans les méandres de la ville basse aux effluves suintants de promiscuité et d’insalubrité crasse. Le Soigneur sur ses talons, un Humain décharné à la mine maladive mais qu’on lui avait recommandé comme étant le meilleur qu’il put trouver à cette heure de la nuit, avait du mal à suivre l’allure.

Mais le jeune Sombre n’en avait cure. Toutes ses pensées étaient dirigées vers sa petite sœur. Depuis leur arrivée dans la Cité, la fièvre qui s’était emparée d’elle depuis les dix derniers jours de marche forcée n’avait cessé de s’accroître au point où elle ne pouvait plus quitter le lit.

« C’est encore loin ? fit l’Humain dans son dos, de sa voix d’adolescent pré pubère.

- On prend la prochaine à droite, puis c’est le bâtiment au fond de la cour, au second. »

Ils arrivaient finalement dans la petite impasse où ils avaient établi leur repaire temporaire. Bien que ténus, les liens qu’ils entretenaient avec le culte de l’Illhar Dalharen lui avaient permis de leur dégoter un point de chute discret sans attirer l’attention des autorités de la ville, au moins pour un temps.

Les cris et les braillements environnant ne semblaient nullement déranger le Sombre sommeillant à moitié sur les marches du couloir d’entrée du bâtiment qui lui fit discrètement le signal qu’aucun intrus n’était passé par là. Naokin gravit donc les marches quatre à quatre jusqu’au deuxième étage et alla directement à la porte de la chambre qu’ils avaient obtenue.

Arrivé sur le perron, il s’arrêta net, se fit bousculer par l’Humain, moins vif, et sorti son épée courte. La porte était entr’ouverte, mais nulle trace de Vahneryon. Il se rangea en silence sur le côté du corridor, imité par l’Humain, et poussa du bout du pied le battant de la porte qui s’ouvrit davantage.

Ce qu’il vit ne lui fit pas plaisir.

Les murs étaient couverts de barbouillis et de fines arabesques indéchiffrables, mais le détail inquiétant était qu’ils semblaient avoir été tracés avec du sang. Tendant l’oreille malgré les cris nocturnes, il entendit une vague mélopée venir de l’intérieur.

Alors qu’il s’apprêtait à entrer, il dut rattraper l’Humain par le col pour éviter que ce dernier ne se fasse la malle. Il ne l’avait pas ramené pour rien. Du moins l’espérait-il. Ils rentrèrent tout deux en silence, les multiples bougies posées sur les lattes faisant danser leurs deux ombres au plafond. La mélopée se fit plus pressante, Naokin reconnut la voix de Yelmina. Poussant la porte du vestibule, ils découvrirent cette dernière, assise parmi les bougies, au centre d’une pièce dont les murs étaient entièrement recouverts des mêmes écritures sanglantes.

Elle leur tournait le dos, mais on pouvait voir qu’elle avait à la main la rapière d’argent, poisseuse de pourpre et de noir, et sa chemise n’était plus blanche que par endroits, tout comme ses bras étaient aussi maculés de sang séché.

« .. La Mort est partout et les Esprits de la Douleur, du Désespoir, de la Haine du Monde vinrent à Nous, et ils nous Réclamèrent l’Equilibre... répétait la jeune Sombre, La Mort est partout et les Esprits de la Douleur, du Désespoir, de la Haine du Monde vinrent à Nous, et ils nous Réclamèrent l’Equilibre... Et les Esprits de la Douleur...

- Yelmina ? » fit Naokin tout bas.

D’un geste vif, la Sombre bondit sur ses pieds et posa la pointe de sa lame sur la gorge de son frère. Ses cheveux collaient en paquets sur son visage baigné de sueur, et son regard était cerné et hagard, méconnaissable. Une lueur rubis brillait au fin fond de ses pupilles dilatées.

« ‘Mina... c’est moi... c’est Nao’...

- Les Esprits... de la Douleur...

- C’est ton Grand Frère... tu ne me reconnais pas ? »

La pression sur sa gorge se fit plus forte, une goutte de sang perla.

« Les Esprits... l’Equilibre... Nao’ ?

- Oui c’est moi, lâches ton arme ‘Mina... »

La lueur s’évanouit des yeux de la jeune Sombre, et elle s’effondra mollement dans les bras de son frère. Ce dernier lui retira l’épée des mains et chercha des yeux rapidement autour de lui. Son regard finit par se poser sur un coin de la pièce, où gisait un corps lardé de coups de rapière...

« Vahn’...

- Nao’... j’ai peur... fit la jeune Sombre dans un souffle, en s’agrippant à lui de toutes ses forces, frissonnante dans ses bras, aides-moi, je t’en prie, aides-moi...

- Je suis là petite sœur... tout va bien se passer à présent... tout va bien se passer... »

Goddard, les bas quartiers - Le même soir

[size=184]L[/size]ysariel Elvessia s’était montrée plus difficile à débusquer qu’Alcance ne l’avait pensé de prime abord. Non pas qu’elle s’étonna de ne trouver âme qui vive à l’adresse donnée par l’Intendant, mais plutôt parce que la piste depuis cet endroit avait été adroitement brouillée. Mais elle avait tout de même fini par la remonter. Qu’est ce qu’un Haut Membre de la Tour d’Ivoire était venu faire, ou avait bien pu faire pour venir se terrer dans les bas-fonds d’une cité telle que Goddard ? Alcance espérait bien le découvrir le soir même. Malgré leurs longues capes et leur capuche rabattue, le groupe de huit soldats mené par la jeune femme Paladin avait du mal à se fondre dans la foule, comme pouvait en témoignait le large espace qui se creusait devant eux à chacun de leur pas. Quand ils arrivèrent au pied de la bâtisse trapue qu’on leur avait indiqué, Alcance fit signe à ses gens de se disperser. Elle entra par la porte principale tandis que les autres vérifiaient les différentes sorties de secours possibles. Lorsque deux Orcs à la mine patibulaire se dressèrent pour lui barrer le chemin avec un sourire de dents pourries aux lèvres, elle releva simplement sa capuche et écarta les pans de sa cape, découvrant son plastron massif arborant la Croix d’Einhasad, et découvrant par la même occasion la lourde Hache ceinte à son côté. Les deux malandrins se rassirent aussitôt. Elle poussa la vieille porte de sa main gantée d’acier et chercha des yeux l’escalier qui menait au troisième étage. C’était un repaire de coupe-gorge bien sûr, mais son assurance naturelle -aidé par son harnachement de guerre- suffit à maintenir les quelques brutasses présentes en respect. Elle traversa la pièce pour rejoindre l’escalier qui se trouvait au fond dans le silence le plus complet et ses hommes ne tardèrent pas à lui emboîter le pas. Arrivés au troisième, ils se dirigèrent vers l’unique porte de l’étage et Alcance toqua trois fois avant d’entrer sans attendre de réponse. Comme elle s’en doutait, la porte était ouverte, mais elle ne put réprimer une surprise intérieure en découvrant que l’occupante des lieux était présente, penchée sur un ensemble de concoctions diverses, au milieu d’un bric-à-brac d’objets hétéroclites dont la fonction échappait totalement à l’Humaine. « Dame Elvessia ? - Ainsi donc, finalement, le Conseil est venu me chercher répondit l’Elfe, sans lever le nez de son ouvrage, j’avais fini par penser qu’ils m’avaient oubliée. - Pas le Conseil, mais la Sainte Eglise d’Einhasad, ma Dame, répondit la jeune femme en entrant dans la pièce, faisant raisonner ses lourdes bottes. - Ah. Voilà qui est intéressant, fit Lysariel en se redressant pour observer ses visiteurs. Et que me vaut l’honneur ? - Ashutar. » répondit simplement Alcance. Les deux femmes s’évaluèrent du regard, tandis que les hommes, une main sur la garde de leur épée, investissaient les lieux, s’assurant qu’aucune menace voilée n’était présente dans les appartements modestes de l’Elfe. Cette dernière devait avoir bien vécu, même si les années n’avaient nullement marqué son visage. Cependant Alcance pouvait lire le passage du temps dans les grands yeux gris de son interlocutrice, des yeux qui avaient vu passer le monde mais qui réagirent tout de même à l’évocation de ce nom. « [i]Fata Morgana[/i], répondit énigmatiquement l’Elfe. - Pardon ? - Un mirage. Vous courez après un fantôme. - Je ne lui courre pas après, c’est lui qui est venu me trouver. Une femme aux yeux couleur rubis se faisant passer pour l’Ashutar des Temps Anciens, et prônant des idées pernicieuses. Nous pensons que vous n’êtes pas étrangère au phénomène. - Voilà qui est intéressant... » fit à nouveau l’Elfe, dans un sourire, tandis que deux hommes du groupe de soldats vinrent l’encadrer. Machinalement, Alcance fit quelques pas jusqu’à la fenêtre, qui était ouverte, afin de laisser le temps à son interlocutrice de choisir ses mots. Elle connaissait les manières elfiques, elle savait qu’il était inutile de la bousculer. Au dehors, de ce côté-ci de la rue, les odeurs n’étaient pas nauséabondes, la nuit raisonnait toujours des cris omniprésents du bas quartier, quelqu’un fredonnait un air qui lui semblât un instant familier, quelque part dans le lointain. - Vous pourrez me soumettre à la Question autant de fois qu’il vous plaira, je crains de ne pas faire un bon sujet de séminaire. En revanche, ma collègue de l’époque, une Sombre du nom de [b]Cyrille Simonethar[/b], avait depuis longtemps des idées que votre Eglise aurait certainement jugées... audacieuses... Prouver ses dires était l’un des objets de son étude, et la Tour d’Ivoire un moyen de parvenir à ses fins. Mais le temps que je comprenne tout cela, nous étions déjà trop lié l’une à l’autre pour que je puisse m’en tirer sans pertes et fracas. Le jour où elle déroba l’une des reliques avant de prendre la fuite, les soupçons ne manquèrent pas de peser à mon encontre, et je dus... m’en aller à mon tour. - Voilà qui est intéressant... » répondit à son tour le Paladin. Ses yeux se posèrent à ce moment là sur la petite fenêtre de la bâtisse d’en face, un peu en contrebas. Un homme s’y tenait dans l’embrasure, et dès qu’elle le vit, elle sut que quelque chose n’allait pas. Il était trop bien habillé, ses cheveux blancs et sa barbiche blanche trop soignés, il était trop pâle, trop... pas à sa place. Comme si il avait senti son regard, l’homme se tourna vers elle et la toisa de ses yeux noirs et un instant, elle se senti comme hypnotisée par ce regard sombre. Puis il détourna simplement la tête, et sorti hors de l’angle de vision de la jeune femme. Celle-ci donna quelques ordres par signes codés à ses hommes, et ces derniers quittèrent la pièce, se dirigeant vers le bâtiment qu’elle leur avait indiqué. Il fallait en avoir le cœur net. - Un problème ? - Du tout ma Dame, répondit-elle sans quitter des yeux la fenêtre d’en face, parlez-moi de cet objet qui fut dérobé au Conseil et qui vous obligea à venir vous terrer ici, de peur des représailles. - L’[i]Ex Nihilo[/i]. Une relique de dimensions modestes, recouvert d’une couverture de cuir, il passerait aisément pour un livre, et il semblait remplir le même office de support de la mémoire. Mais comme toujours nous n’avions découvert que l’aspect visible d’une trame beaucoup plus complexe que nous n’aurions pu l’imaginer. Les Dieux seuls savent encore ce qu’a bien pu devisé Ashutar en concevant cet artefact. » Alcance attendait toujours près de la fenêtre. Enfin l’une des Lames Ecarlates se montra à la petite fenêtre qu’elle observait, et lui fit signe qu’il n’y avait personne dans la zone. Elle se releva donc et s’apprêtait à faire face à son interlocutrice quand un objet filiforme et droit traversa la gorge du soldat par l’arrière, et celui-ci fut tiré brusquement hors de l’angle de vision de la fenêtre. Alcance se saisit de sa Hache et du Bouclier qui était ceint dans son dos dans un même mouvement et enjamba la fenêtre d’un saut leste. Elle chuta de toute la hauteur du troisième étage, s’écrasa dans un amas de vieilles caisses et de planches que le poids de son armure démultiplié fit voler en éclats, roula une fois sur elle-même pour absorber une partie du choc, et fut sur ses pieds le tout en trois battements de cœur. Elle courut bouclier en avant, renversant les badauds sur son passage comme s’il s’agissait de vulgaires fœtus de paille, les yeux rivés sur la petite fenêtre de la sombre bâtisse au fond de l’impasse. Elle pouvait voir se projeter sur le plafond de la pièce les ombres des hommes en train de se battre. L’instant d’après elle était à l’intérieur et remontait les marches quatre à quatre tout en invoquant les Prières. C’était au deuxième. Elle surgit dans le couloir telle une tornade, le bouclier solidement calé devant son corps, et la hache levée haut, prête à frapper. Elle fut accueillie par un Silence assourdissant et le Calme. Elle traversa le petit corridor faiblement éclairé par des bougies disposées à même le sol et arracha de ses charnières la première porte en bois qui lui faisait obstacle d’un violent coup de botte, porte qui vola avant de s’effondrer dans un grand fracas. Elle compta huit cadavres. Tous arboraient la Croix écarlate. Certains n’avaient même pas eu le temps de tirer leurs épées. Elle entra à pas mesurés, sur le qui-vive. Il n’y avait pas d’autre issue, mise à part la petite fenêtre. D’une manière ou d’une autre, l’assassin avait réussi à s’enfuir. Elle rajusta le bouclier dans son dos et entreprit d’examiner les corps. Pour certains, elle eu du mal à trouver l’unique et minuscule blessure qui leur fut fatale, la marque d’une rapière. L’homme aux cheveux blancs avait frappé les points vitaux avec une précision chirurgicale, se jouant des plaques des armures lourdes en passant par les charnières et les quelques défauts de protection. « [i]La Mort est partout et les Esprits de la Douleur, du Désespoir, de la Haine du Monde vinrent à Nous, et ils nous Réclamèrent l’Equilibre. [/i]» Alcance leva les yeux un bref instant vers la Mage de la Tour d’Ivoire, avant de reprendre son examen minutieux. Lysariel, qui se tenait sur le seuil, entra alors dans la pièce, passant une main fine sur les inscriptions sanglantes des murs et reprit à nouveau leur lecture à haute voix : [quote]La Mort était partout et les Esprits de la Douleur, du Désespoir, de la Haine du Monde vinrent à Nous, et ils nous Réclamèrent l’Equilibre. Shilen, déchue par sa Mère Einhasad, n’était plus la Souveraine des Flots et à la place s’était créé son propre Royaume vers lequel voguaient les Âmes des Morts. Eva la plus jeune des Dieux, Eva la Poète, Eva l’Insouciante, à Eva fut confié la lourde tâche d’administrer l’Elément Liquide en lieu et place de sa Sœur Perdue. Mais Eva prit peur après avoir vu la Colère de sa Mère envers sa Sœur Aînée et fuit ses responsabilités. Eva prit peur en voyant le chemin de Douleur et de Désolation qu’avait du emprunter sa Sœur Aînée et se cacha des yeux de tous. Alors le Monde, encore secoué des affres de la Grande Guerre des Cieux, alors le Monde perdit sa Gloire et sa Beauté. Sans Déesse pour les guider, les Eléments et les Esprits de la Nature périclitèrent et le Chaos dévora la Terre et les Créatures qui l’habitaient. Les vastes forêts périrent privées d’eau, les champs et les plaines devinrent arides, les vallées se changèrent en déserts et il n’y eu plus que Malheur et Haine pour les Etres qui habitaient là. Les rivières et les mers s’asséchèrent, leurs lits furent mis à nu, et il n’y eu plus que Douleur et Peine pour les Etres qui existaient là. Les pluies torrentiels s’abattirent sur les pics et les montagnes, noyant jusqu’à leur sommet, et ceux qui planaient dans le ciel ne trouvaient plus d’endroits où se poser, et il n’y eu plus que l’Horreur pour les Etres qui vivaient là. Il n’existait nulle vie de par le monde qui ne connut la souffrance en ces Temps Là, la Mort était partout et les Esprits de la Douleur, du Désespoir, de la Haine du Monde vinrent à Nous, et ils nous Réclamèrent l’Equilibre. Alors le Peuple des Géants alla quérir les Dieux, moi, Ashutar et les Miens, Nous les avons priés au nom des Esprits de tout ce qui vivait et qui souffrait sur ce qu’il restait de la Terre. Einhasad et Gran Kain nous entendirent et découvrirent Eva, cachée au fond d’un lac ou elle s’était endormie. Devant le Courroux de sa Mère qui était Grand et Terrible, Eva accepta ses responsabilités. Elle Commanda aux Eléments, et les eaux se retirèrent. Elle Commanda aux Pluies, et les inondations cessèrent. L’Equilibre fut ramené, mais le Monde avait perdu sa Pureté et son Eclat Originels. Ce qui était Juste ne l’était plus, et ce qui était Bon avait péri. Et dans le Cœur des Géants, la graine du Doute avait germé...[/quote] Sa lecture achevée, Lysariel se retourna vers la jeune femme accroupie et observa le silence. « Le [b]Déluge[/b]. Revu et corrigé par un Hérétique. Commenta simplement Alcance. - Il ne vous est jamais venu à l’esprit, murmura l’Elfe aux yeux gris, que tout ceci était peut être la vérité... - La [i]Vérité[/i] se trouve dans la [b]Lumière[/b] de notre Eglise, affirma Alcance sur un ton n’invitant pas à la répartie, tout ceux qui sont plongés dans les Ténèbres doivent être [i]Sauvés[/i], ou[b] [i]Châtiés[/i][/b]. » rajouta-t-elle en se levant. L’examen du dernier corps lui tira une grimace de dégoût et de haine instinctifs qu’elle ne sut réprimer, malgré tout son entraînement, ou, peut être, à cause de ce dernier. « Mais pour l’auteur de ces crimes, il n’y aura nulle Salvation, seulement le [i]Juste Châtiment[/i], fit-elle d’une voix calme et glacée. - Vous avez trouvé quelque chose ? hasarda Lysariel en se rapprochant de quelques pas. - Peut être. » L’Elfe observa à son tour le corps qui gisait à leurs pieds. De prime abord, rien ne semblait le distinguer de ses compagnons d’infortune. Il s’agissait juste d’un homme encore bien jeune pour avoir ainsi rencontré sa dernière heure en comparaison de ses camarades aguerris. Mais contrairement aux autres corps dont le faciès était marqué par le rictus d’une mort douloureuse, il y avait sur ce visage une expression curieuse, mêlée d’étonnement et d’incompréhension, et un léger [i]sourire[/i] semblait affleurer à ses lèvres pâles. L’Elfe fut soudain prise d’un sentiment de malaise presque nauséeux. La [i]pâleur[/i] de ce corps frais, elle l’avait déjà vu par le passé, elle lui était familière. La pâleur d’un corps [i]exsangue[/i]. Sa main tremblante agrippa l’avant bras d’Alcance, qui tourna la tête vers elle. « Je vois que vous connaissez les signes. » fit le Paladin dans un murmure. L’Elfe détacha son regard du corps pour tourner son visage vers l’Humaine. Elle ne prononça qu’un seul mot, qu’elle glissa dans un souffle étouffé : « [b]Vampire.[/b] » [i]Chapitre II : Fata Morgana - [color=red]Fin[/color].[/i]

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